L’autorisation de changement d’usage
La procédure qu’on découvre trop tard, souvent après avoir cru que le numéro d’enregistrement suffisait. Où elle s’applique, ce qu’est la compensation, ce que coûte de s’en passer.
La réponse, en bref
Dans certaines communes, transformer un local d’habitation en meublé de tourisme est un changement d’usage soumis à autorisation préalable du maire. L’obligation vaut de plein droit dans les communes de plus de 200 000 habitants et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. L’autorisation peut être subordonnée à une compensation, et s’en passer expose à une amende civile pouvant atteindre 100 000 € par local irrégulièrement transformé.
200 000 hab.
le seuil d’application de plein droit
100 000 €
l’amende civile par local transformé
1 000 €
l’astreinte maximale par jour et par m²
Où la procédure s’applique-t-elle ?
De plein droit dans les communes de plus de 200 000 habitants et dans les communes des départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne (article L. 631-7 (nouvel onglet)). Dans ces territoires, le changement d’usage d’un local d’habitation est soumis à autorisation préalable.
Ailleurs, la procédure n’existe que si elle a été rendue applicable localement. C’est le premier réflexe à avoir : la question n’est pas « ma ville est-elle grande ? » mais « ma commune applique-t-elle le changement d’usage ? », et seule la mairie répond avec certitude.
Ce que l’autorisation autorise
L’autorisation est délivrée par le maire de la commune où est situé l’immeuble. Une délibération du conseil municipal fixe les conditions de délivrance et détermine les compensations, par quartier, au regard des objectifs de mixité sociale et des caractéristiques du marché du logement.
Elle porte sur le local, pas sur la personne : c’est l’usage du logement qui change, et c’est lui qui reste encadré.
La compensation
L’autorisation peut être subordonnée à une compensation : la transformation concomitante en habitation de locaux ayant un autre usage. Autrement dit, pour retirer un logement du parc, il faut en rendre un autre.
Une règle est absolue depuis la loi du 19 novembre 2024 : aucune autorisation de changement d’usage à caractère permanent ne peut être délivrée pour louer un local d’habitation en meublé de tourisme si elle n’est pas subordonnée à compensation. Là où la commune l’applique, la compensation n’est plus une option laissée à l’appréciation locale.
Ce que ce n’est pas
Le changement d’usage n’est pas le numéro d’enregistrement. L’enregistrement est une déclaration : vous la faites, le numéro arrive immédiatement, et il vaut dans toutes les communes depuis le 20 mai 2026. L’autorisation de changement d’usage est un acte administratif : elle s’instruit, elle peut être refusée, et elle n’existe que là où la commune l’applique.
Ce n’est pas non plus la limite des 120 jours. Celle-ci concerne la résidence principale et se compte en nuitées ; le changement d’usage concerne au premier chef les logements qui ne sont pas la résidence principale du loueur, et se joue avant la première nuitée.
Ce n’est pas davantage le règlement de copropriété, qui peut interdire la location en meublé de tourisme même là où la commune l’autorise. Une autorisation de la mairie ne prime pas sur le règlement de l’immeuble.
Ce que vous risquez
Une amende civile dont le montant ne peut excéder 100 000 € par local irrégulièrement transformé — un plafond porté de 50 000 € à 100 000 € par la loi du 19 novembre 2024. Elle est prononcée par le président du tribunal judiciaire, sur assignation de la commune ou de l’Agence nationale de l’habitat.
Le juge ordonne en outre le retour à l’usage d’habitation dans un délai qu’il fixe. Passé ce délai, il prononce une astreinte pouvant atteindre 1 000 € par jour et par mètre carré utile du local irrégulièrement transformé.
Votre situation, précisément.
J’ai un numéro d’enregistrement. Suis-je en règle ?
Ça dépend
Pas nécessairement. Ce sont deux procédures distinctes : l’enregistrement est une déclaration, le changement d’usage une autorisation. Là où la commune applique la seconde, le numéro seul ne suffit pas.
Je loue ma résidence principale moins de 120 jours par an.
Non
La location d’une résidence principale dans la limite applicable ne constitue pas un changement d’usage. C’est en dépassant cette limite que la question se pose.
Mon logement est dans une commune de 40 000 habitants.
Ça dépend
En dessous de 200 000 habitants et hors petite couronne, la procédure ne s’applique pas de plein droit — mais elle a pu être rendue applicable localement. Posez la question à votre mairie avant de louer, pas après.
Ma copropriété interdit la location touristique.
Non
Une autorisation de changement d’usage ne lève pas une interdiction du règlement de copropriété. Les deux doivent être réunies : l’accord de la commune et celui de l’immeuble.
Je loue déjà depuis deux ans sans autorisation.
Ça dépend
L’ancienneté ne régularise rien. L’amende civile atteint 100 000 € par local et le juge peut ordonner le retour à l’usage d’habitation sous astreinte. Un dossier déposé spontanément vaut mieux qu’un contrôle.
Ce qui a changé.
20 novembre 2024
Amende civile portée à 100 000 €
La loi n° 2024-1039 double le plafond de l’amende civile encourue par local irrégulièrement transformé, de 50 000 € à 100 000 €.
20 novembre 2024
Compensation obligatoire pour les autorisations permanentes
Aucune autorisation de changement d’usage à caractère permanent ne peut plus être délivrée pour un meublé de tourisme sans être subordonnée à compensation.
Les erreurs qu’on voit le plus.
Croire que l’enregistrement vaut autorisation
Le numéro d’enregistrement est une déclaration qui aboutit immédiatement. L’autorisation de changement d’usage s’instruit et peut être refusée.
Se fier à la taille de la commune
Le seuil de 200 000 habitants déclenche l’application de plein droit, il ne l’épuise pas : une commune plus petite a pu rendre la procédure applicable.
Négliger le règlement de copropriété
Il peut interdire la location en meublé de tourisme quelle que soit la position de la mairie.
Compter sur une régularisation
L’amende est prononcée par local, et le juge peut assortir le retour à l’habitation d’une astreinte par jour et par mètre carré.
Votre checklist.
- Demander à la mairie si la commune applique le changement d’usage
- Lire la délibération : conditions de délivrance et compensation par quartier
- Vérifier le règlement de copropriété avant toute démarche
- Déposer la demande avant la première nuitée, pas après
- Ne pas confondre avec le numéro d’enregistrement, qui reste dû par ailleurs
On nous demande aussi.
Faut-il une autorisation de changement d’usage pour louer en Airbnb ?
Non. Il s’applique de plein droit dans les communes de plus de 200 000 habitants et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, et ailleurs seulement s’il a été rendu applicable localement.
Qui délivre l’autorisation de changement d’usage ?
Le maire de la commune où est situé l’immeuble, dans les conditions fixées par une délibération du conseil municipal.
Qu’est-ce que la compensation en changement d’usage ?
La transformation concomitante en habitation de locaux ayant un autre usage. Depuis 2024, une autorisation permanente pour un meublé de tourisme ne peut être délivrée que si elle y est subordonnée.
Quelle amende risque-t-on sans autorisation de changement d’usage ?
Une amende civile pouvant atteindre 100 000 € par local, et le retour à l’usage d’habitation sous astreinte pouvant atteindre 1 000 € par jour et par mètre carré.
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Sources officielles
- Article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation — Légifrance
- Article L. 651-2 du code de la construction et de l’habitation (sanctions) — Légifrance
- Article L. 631-7-1 A du code de la construction et de l’habitation — Légifrance
- Guide pratique de la réglementation des meublés de tourisme (septembre 2025) — ministère de la Transition écologique
- Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 — Légifrance
- Louer son logement : les règles ont changé en 2026 — service-public.gouv.fr
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